Mitterrand et l’Euro

 

Dès 1979 et sous l’impulsion de Giscard, l’Europe s’était dotée d’un système de panier monétaire appelé Ecu. Ce n’était pas une monnaie mais une simple unité de compte. Depuis cette époque, les économistes ont débattu de la possibilité d’aller au-delà et de créer une véritable monnaie commune entre plusieurs pays d’Europe, afin notamment de rétablir un certain équilibre financier avec les USA. Mais ces économistes pensaient alors que l’Europe n’était pas prête car les pays européens n’avaient pas atteint le même niveau de relations que celui prévalant entre les états constituant les USA.

L’économiste Robert Mundell avait énoncé les conditions nécessaires à une monnaie commune :

–        Intégration économique,

–        Réactivité comparable des différentes économies en cas de crise,

–        Mécanisme d’adaptation par transfert de richesse entre les Etats.

 

Il pensait que ces conditions ne pouvaient être remplies rapidement et que le risque d’une intégration monétaire prématurée était une concentration de l’industrie et de la richesse sur une partie du territoire Européen aux dépens du reste de l’Europe.

Mitterrand, après l’échec économique et social de son premier mandat, voulait trouver un moteur pour le deuxième. Malgré le non-respect des conditions préalables, il était trop pressé pour attendre. Les têtes d’œuf socialistes, Delors (le mentor de Merluchon 1er) en tête, ont donc proposé comme moteur une intégration monétaire de l’Europe. L’Allemagne par principe était contre, mais le débat s’est engagé sur le plan politique et a évacué les réalités économiques : Mitterrand avait besoin d’un « truc » pour faire oublier ses échecs, et Helmut Kohl avait besoin de l’approbation de Mitterrand, – initialement très réticent -, pour réunifier l’Allemagne.

Le traité de Maastricht a scellé l’accord « Euro contre Réunification » sans aucun souci des conséquences économiques futures et sans mise en place d’une quelconque organisation de contrôle. Mitterrand a voulu faire approuver ce traité par le Parlement, où il avait la majorité. Mais la droite, menée par Seguin, a obtenu du Conseil Constitutionnel la nécessité d’organiser un referendum. La droite économique était contre. Chirac, comme d’habitude, batifolait. Le centre européen était pour. Une bonne partie de la gauche était contre, en particulier Chevènement. Mais Mitterrand décida de mener ses ministres et ses députés avec des coups de pieds au cul (c’était son expression) : le « oui contre le renouvellement des mandats ».

La campagne socialiste, relayée par les médias, s’est caractérisée par un matraquage systématique qui a permis le vote du traité et la création de l’Euro à une majorité de 52,04% le 20 septembre 1992.

Le traité de Maastricht comprenait en particulier la règle du déficit maximum de 3% du PIB, noyée au milieu d’un fatras de 252 articles que personne n’avait lu avant de voter.

Pendant deux ans, les Français ont passé leur temps à calculer le prix de leurs achats dans deux monnaies différentes et ils ont ainsi laissé Tonton tranquille.

Dans le calme plat économique qui prévalait alors, l’Euro a fonctionné et Chirac a accepté l’extension à de nombreux pays qui étaient pourtant loin des équilibres nécessaires pour une entrée dans l’Euro. Mais le système de Bruxelles s’était déjà arrogé le droit de faire entrer de nouveaux pays sans contrôle véritable.

Lorsque les turbulences sont venues en 2008 et que la mer financière s’est retirée, l’Euro est apparu tout nu. Le système financier international s’en est alors donné à cœur joie pour spéculer contre les culs de jatte qui n’avaient pas suivi le mouvement.

Quid des critères de Mundell :

–         L’Europe n’avait pas fait son intégration économique,

–         Les économies avaient totalement divergé et les réactions de chaque pays à la crise étaient toutes différentes,

–         Il n’y avait aucun mécanisme sérieux d’adaptation avec transfert de compensation financière entre les états riches et pauvres.

 

On avait fait tout faux, mais Mitterrand et ses amis s’en foutaient comme de leur première chemise. Les solutions pour eux, les problèmes pour les autres. Ils ont laissé toutes les patates chaudes à la droite : retraite à 60 ans, 39 puis 35 heures, 5 semaines (au moins) de vacances, travail véritable dans l’enseignement à 50%, explosion du nombre de fonctionnaires, et puis bien sûr Euro mal ficelé.

Depuis 2008 jusqu’à ce jour, le problème de la zone Euro n’a fait que s’amplifier avec une question lancinante pour chaque pays : est-il plus judicieux de rester dans le système ou d’en sortir ? La question n’a pas vraiment été mise sur la place publique par le gouvernement français pour ne pas affoler les marchés. Évidemment les Allemands dans leur majorité voudraient revenir au Deutsch Mark, mais l’effet serait catastrophique si Angela mettait cette possibilité sur la table.

Rester demande une convergence vers les conditions énoncées par Robert Mundell, qui impliquent un sacrifice important des pays riches.

Sortir serait une catastrophe économique pour plusieurs pays et probablement pour l’Europe entière, pouvant entraîner des situations révolutionnaires.

Sarkozy-Merkel ont décidé de poursuivre et d’essayer, dans un délai qui sera de toutes façons long, de se mettre dans des conditions compatibles avec une monnaie commune. Mais rien n’est encore fait et on a seulement bouché les trous les plus béants.

Qui a compris que Mitterrand, et sa clique, dont au moins un se présente à la présidence, nous ont foutu dans la merde ? Et évidemment la gauche et ses relais du KKK médiatique reprochent à Sarkozy de ne pas nous avoir sorti par le haut de ce piège Mitterrandien.

Comme d’habitude avec les socialistes, le passé est le passé, il est oublié, et aujourd’hui tout ce beau monde est vierge de toute faute. Voyez ainsi les Fabius, DSK, Jospin, Delors, Hollande… qui jouent les donneurs de leçon.

Ah que la machine à laver plus blanc que blanc socialiste est belle, et que Reblochon 1er est propre comme un sou neuf. Et vous verrez que bientôt DSK viendra nous donner des leçons de morale !

 

DANTON

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3 réponses à Mitterrand et l’Euro

  1. ChristainPascal 19 décembre 2013 à 15:53 #

    Complètement d’accord, les conditions d’une « zone monétaire optimale » n’étaient pas réunies au moment de la création de l’Euro, Zone monétaire.
    Elles ne le sont d’ailleurs toujours pas, ce qui n’a pas empêché de faire entrer d’autres payes dans la zone Euro.
    Mais sur ce coup là, les torts sont partagés puisqu’une partie de la Droite était favorable à l’Euro….
    à part le tandem Pasqua-Seguin-Villiers, on n’a guère entendu les ténors de la Droite défendre la souveraineté Monétaire de la France…
    Ni la Souveraineté de la France tout court, d’ailleurs, car l’Euro n’était que la Face monétaire du projet d’intégration des Etats-Nations dans un Machin Fédéral…
    Le Discours du 5/05/1992 de Ph Séguin à la Tribune de l’Assemblée Nationale est à re-écouter sans modération tant il est prophétique !
    ( http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5_philippeseguin_Maastricht.asp )
    Au fil du temps, les écarts de compétitivité entre pays, dans le cadre d’une monnaie commune, ne peuvent que faire éclater le système. Il faut organiser la chose plutôt que d’attendre l’explosion.
    Pourquoi Sarkozy ne l’a pas fait !? serait t-il converti à l’idéal fédéraliste de l’Union Européenne ?

  2. Anonyme 21 juin 2014 à 14:21 #

    Apparemment votre site ne fonctionne pas très bien pour les réponses.

  3. Anonyme 21 juin 2014 à 14:35 #

    Bonjour, très bonne analyse sur l’histoire (récente) de l’UE.
    Effectivement, quiconque s’intéressant et se documentant sur l’histoire de l’UE et son fonctionnement actuel ne peut devenir qu’anti-européen.
    Une de vos phrases me choque cependant : « Sortir serait une catastrophe économique pour plusieurs pays et probablement pour l’Europe entière ». Cela exige développement et pour tout dire il me semble que c’est de rester dans l’UE qui est et sera une catastrophe pour l’Europe entière.
    Quant à changer l’UE (.i.e. votre histoire de convergence), n’y comptez SURTOUT PAS. Les TFUE (traités) sont inmodifiables sans l’accord des 28 pays en même temps ce qui est impossible.
    Pour l’aspect économique d’une sortie, moult économistes (des prix Nobel) ont déjà planché sur cette question et n’ecouter surtout pas ceux de GoldMann Sachs ou GP Morgan (ou ceux de nos medias traditionnels à la solde des européistes).

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