L’illusion du développement tertiaire

 

Depuis la fin des années soixante-dix et de l’ère Giscard, nos gouvernants ont bâti le développement de l’économie française sur le tertiaire en laissant l’industrie sur le bord de la route.

Aujourd’hui, chacun semble réaliser ce qui pourtant a toujours été une évidence : par lui-même le tertiaire ne crée pas de richesse et doit toujours s’appuyer sur une industrie nationale forte ou s’en remettre à l’exportation.

Si on ajoute au tertiaire privé le secteur public (fonctionnaires et assimilés), on réalise qu’une large majorité de la société française ne crée pas de richesse pérenne.

En simplifiant, ce sont les secteurs primaire et secondaire qui créent la richesse qui est ensuite redistribuée au secteur tertiaire sous forme de frais généraux et aux fonctionnaires sous forme d’impôts.

La France souffre aujourd’hui d’une hypertrophie des secteurs tertiaires et gouvernementaux. Là réside tout son problème de compétitivité.

Prenons l’exemple d’un produit manufacturé de spécialité. Sur le coût total, la main d’œuvre représente 10% en Europe contre 3% en Chine. Avec en moyenne 7% de transport et 6% de droits de douane, ce n’est pas le différentiel de coût de main d’œuvre qui crée le différentiel de compétitivité. Le problème en France, ce sont les frais généraux et les impôts qui représentent au total environ 30% du coût total du produit, contre 6% en Chine. En substance, ces 30% correspondent aux salaires payés aux personnels du tertiaire et aux fonctionnaires.

Le coût représenté en France par les fonctions tertiaires est exorbitant de par les réglementations de plus en plus lourdes, les frais disproportionnés aux services rendus des transactions financières, les frais d’avocats et de consultants divers. Tout ce système s’auto-entretient : les réglementations et dispositifs de plus en plus complexes nécessitent l’utilisation de consultants et experts qui en retour contribuent à la complexification du système.

Lorsque deux sociétés industrielles ont un différend commercial, recourent à l’arbitrage et au final versent plusieurs millions d’euros aux arbitres et aux conseils juridiques, quelle valeur a été créée pour le pays ? Réponse : aucune. Les sociétés industrielles se sont appauvries, ont utilisé des moyens qui leur auraient permis d’embaucher ou d’investir pour à la place enrichir une poignée d’avocats.

En ce qui concerne le secteur public français, la messe est dite : les fonctionnaires français coûtent environ 7 fois plus que les fonctionnaires chinois en pourcentage du PIB. Il y a en France un fonctionnaire et assimilé pour 9,8 habitants alors qu’il y en a un pour 35,7 habitants en Chine. Au-delà de la différence salariale, un fonctionnaire chinois travaille 44 heures avec un taux moyen d’absentéisme de 4% alors qu’un fonctionnaire français travaille 30 heures avec un absentéisme moyen de 12% et 7 à 12 semaines de vacances.

Pour que la France redevienne compétitive il faut réduire les frais administratifs et les prélèvements obligatoires. Les frais administratifs peuvent être limités en engageant une simplification réglementaire massive. Quant aux frais de fonctionnement de l’Etat, c’est tout un poème. Les recettes paraissent pourtant simples :

–       Imaginez que les fonctionnaires travaillent 40 heures : 33% de postes en moins,

–       Imaginez que l’absentéisme dans la fonction publique soit de 6% (moyenne du privé) : 6% de postes en moins,

–       Imaginez que les vacances soient limitées (comme dans beaucoup de pays) à 5 semaines : 10% de postes en moins,

–       Imaginez que l’on élimine tous les postes inutiles de contrôle administratif : au moins 10% de postes en moins,

–       Imaginez qu’on supprime une grande partie des 25 000 communes inutiles avec leurs flots de fonctionnaires, une partie des conseils généraux et régionaux qui doublonnent les préfectures, tous les comités Théodule tels les Conseils Economiques et Sociaux dont personne ne comprend l’utilité : au moins 25% des postes territoriaux pourraient être supprimés.

Au total, c’est probablement près de 10% de gains de productivité qui pourraient ainsi être réalisés. L’industrie française redeviendrait compétitive, pourrait employer nos ex-fonctionnaires et nos chômeurs et exporter en Chine.

La ré-industrialisation de la France est une totale illusion si le seul levier activé est celui du coût du travail peu qualifié. La production française est efficace dès lors que le niveau des investissements consacrés à l’outil productif est suffisant.

La ré-industrialisation de la France ne se fera que par des actions en profondeur :

–       Promouvoir l’enseignement technique et scientifique dans le secondaire,

–       Renforcer le rôle des ingénieurs et diminuer celui des administratifs et des financiers,

–       Développer les infrastructures de transport (route et fret ferroviaire),

–       Maintenir une énergie bon marché (nucléaire et gaz de schiste) ,

–       Et puis, bien sûr, réduire massivement le poids du secteur public.

Au-delà, tout n’est qu’illusion. L’équilibre actuel ne peut être modifié par des paroles creuses de nos politiques. La réalité doit être regardée en face, même si elle crève les yeux.

DANTON

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